Au fil du conte (exposition)

Crédit photos : ©Ludovic Gueriaud

Exposition 01 octobre au 04 Novembre 2014 au Tamat (Centre de la Tapisserie, des Arts Muraux et des Arts du Tissu de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Tournai).

Pour voir l’ensemble du travail de recherches et les détails des réalisations, cliquez : Tamat : Recherches #14

 

TEXTE : « Au fil du conte »

Il était une fois une enfant vêtue de rouge. Ce jour, elle devint adulte.
Avant que la nuit ne tombe, avant même que les oiseaux cessent de piailler, elle dut oublier l’insouciance du rêve et des jeux.

Décider, douter, chercher, travailler, souffrir.

Perdue dans l’obscurité des bois elle n’avait plus de choix que des incertitudes.
Fallait-il suivre le chemin des aiguilles, croire le loup et boire le sang de sa grand-mère ? Fallait-il vraiment, ce jour, abandonner son dernier sourire d’enfant ?

A travers les versions populaires du Chaperon rouge, la recherche se divise en trois thèmes : l’attraction des aiguilles, la relation mère, fille, grand-mère, et le loup.
Cependant, si la lecture du conte semble évidente, ses interprétations sont ambigües ; fines et pointues comme une aiguille qui se faufile dans l’espace et les souvenirs, effroyables comme la gueule du loup ou le bruit du tissu qui se déchire.

Effroi, cris, mères… Méduse.
La seule des trois Gorgones à être mortelle, la première à transmettre le cri de douleur de l’enfantement, selon les origines antiques. Si on déroule encore le fil dans le temps, Méduse est Médée qui tue de ses mains, ses enfants.
Dans les versions populaires du Chaperon rouge, c’est la fille qui mange sa grand-mère, parfois, sa mère. Le loup donne l’alerte, tue, venge : celles qui ont voulu sacrifier leur fille, celle qui a mangé ses mères.

A ce stade de la recherche, il est difficile d’établir la somme des relations entre le conte, l’intime, l’évidence et les non-dits. Pour bien faire, il faut réinterpréter ce qui fut dit à aujourd’hui ; tisser des liens entre l’universel et le personnel, s’affranchir des limites d’un conte déjà bien connu sans glisser dans les excès ni l’illustration.

Le Tamat, l’espace du musée et ses œuvres prennent également de l’importance ; les nier serait mentir sur les fragments d’une recherche qui auraient été différents, ailleurs. La présence des tapisseries anciennes et les ré-interprétations des mythes qu’elles recèlent, légitiment les digressions du conte et le choix des matières. Alors pourquoi ne pas explorer le musée comme un bois où l’aiguille aurait d’autres visés que celle du conte ? Là, encore, tout est à repenser et se perdre… Facile !